Humeurs

Comment survivre au changement d’année …

15 janvier 2015

Je suis Charlie pour Charlie Hebdo

 

Ce post j’avais commencé à l’écrire la veille de l’attentat de Charlie Hebdo, il s’agissait d’attaquer la nouvelle année sur un pied léger, j’allais vous parler de choses sans conséquences et puis …les balles, les corps qui tombent, l’horreur et la tristesse ont balayé toute envie de sourire et même d’écrire.

Tout d’un coup, tout ce que je faisais m’est apparu si futile et sans intérêt que je me suis même demandé si je pourrais à nouveau reprendre ce blog, s’il ne valait pas mieux que je songe à utiliser mon énergie pour un engagement un peu plus sérieux.

La nouvelle de l’attentat me cueille en fin d’après-midi à Montpellier, une journée OFF, déconnectée de tout réseaux sociaux comme il m’en arrive si peu d’en prendre. Je me souviens d’avoir murmuré en moi-même ce matin-là (ma conscience aime à me culpabiliser) : “”T’inquiète, le monde ne s’arrêtera pas de tourner parce qu’aujourd’hui tu n’allumeras pas ton portable !”…A 17H30, je fais la queue aux caisses chez IKEA, je ne résiste pas à la tentation de faire quand même un tour sur Instagram.

Partout des messages à l’attention d’un Charlie et je ne comprends pas… “Qui c’est ce Charlie?”.

Et puis d’un compte à l’autre, je recompose l’information. Un attentat, chez Charlie Hebdo, des morts, et puis commence le funeste défilé des noms si familiers : Wolinski, Charb, Cabu…et là je suis obligée de m’asseoir, incrédule et choquée : le monde a bien arrêté de tourner aujourd’hui et je n’en savais rien.

Dessin de Cabu sur un mur au Grand Bornand

 Dessin sur un mur du Grand Bornand en hommage à Cabu qui a été réalisé dans la nuit du 7 au 8 janvier (source Twitter)

 

En assassinant Cabu c’est un peu comme si l’on avait assassiné mon adolescence, ces cours de dessin où je m’étais inscrite en espérant un jour avoir le trait de crayon génial de celui qui croquait Dorothée et tous les autres, ce gentil clown qui avait le dessin qui faisait mouche à coup sûr avec une facilité déconcertante. Ce Cabu qui, chez Télématin, continuait de me scotcher par l’à-propos de ses dessins et son talent.

Je ne lisais pas Charlie Hebdo parce qu’il y a quelques année j’ai fait le choix volontaire de pratiquer la “diète médiatique” pour ne plus accepter d’être happée par l’effet anxiogène de cette information qui tourne en boucle sachant que le plus important nous parvient de toute manière par d’autres canaux.

Mais le dessin est ma religion, celle que je pratique avec l’humilité de ceux qui savent qu’ils ne seront jamais les égaux de leur “dieu” mais qui cherchent toujours à s’améliorer pour s’en rapprocher. Ces hommes ont assassiné Cabu au nom de leur dieu mais savent-ils qu’ils ont assassiné celui qu’un grand nombre d’entre nous idolâtre ?

Qui doit venger qui ? La loi du Talion est une barbarie à laquelle les humains civilisés que nous sommes ont renoncé, notre détresse, notre colère doivent emprunter d’autres chemins pour s’épancher.

Dans mes résolutions de 2015, il y avait celle de revenir sérieusement à mes premiers amours, de reprendre le dessin, quelle ironie !!! J’ai envie de dire à quoi bon puisque le maître n’est plus là…Mais ma réflexion ne doit pas prendre ce tour amer…

Je me sens tout d’un coup comme ces personnes qui ont laissé tomber la personne qu’elle aime, qui regrettent mais réalisent un poil trop tard qu’elles ne la reverront jamais, que c’est perdu pour toujours… Je regarde mes crayons et je réalise que c’est effectivement trop tard, que je n’aurais jamais plus l’occasion d’espérer rencontrer cet homme que j’admirais tant.

La vie est pleine d’opportunités que nous ne saisissons pas parce que nous avons toujours peur de rater quelque chose.

 Dessin Cavanna par Riss

 

Plus jeune, je n’ai pas poursuivi le dessin, et abandonné l’idée de faire les Beaux Arts parce que mes parents avaient peur pour moi : dessiner n’était pas une chose sérieuse.

J’ai mis ma créativité dans la case “loisirs personnels”, tout en bas de mon CV, appris un job sérieux et découvert qu’on pouvait avoir peur pour rien par simple effet de contagion. Certains appellent cela devenir adulte…

Un jour, excédée, j’ai passé un deal avec cette peur irrationnelle qui se montrait un peu trop envahissante et je lui ai demandé d’aller squatter ailleurs parce que j’avais d’autres projets pour ma personne que celui de lui faire allégeance jusqu’à la fin de ma vie.

J’ai alors passé plusieurs mois à vivre de façon “irresponsable”pour moi-même, et non plus sur les “sages”préconisations de cette peur, et il ne m’est rien arrivé de catastrophique, bien au contraire. Mais personne ne m’avait menacé, ma démarche n’avait finalement rien d’héroïque

Ces hommes eux,  côtoyaient courageusement les menaces de mort, les insultes… quotidiennement, depuis des années et malgré cela ils vivaient pour leurs idées et pour leur passion sans peur, riant de tout pour un journal qui ne les rendait pas même riches mais heureux.

Au delà de l’horreur, de la défense de la liberté de la presse, de la résistance contre le terrorisme, de l’unité et de la solidarité d’un peuple et de tout le bruit médiatique que leur mort a soulevé, il y a les hommes, les artistes, ce talent dont la disparition ne pourra jamais être compensée et qui nous donnent une leçon sur ce que devraient être nos vies si nous cessions (pour de vrai) d’avoir peur d’être nous-mêmes et décidions de suivre nos passions.

C’est l’héritage que j’ai décidé de retenir car concrètement le reste dépend d’instances plus élevées que nous mandatons pour garantir nos libertés. A chacun son job !

A la suite de ces événements, il me fallait trouver un peu de sens aux choses sous peine de tout laisser tomber pour excès de futilité.

Je suis alors allé sur YouTube pour les apercevoir une dernière fois et je les ai vu travailler, le sourire au lèvres, se réunir pour débattre, trouver des idées qui les faisaient rire et réagir, le plaisir d’être ensemble, l’amitié, l’enthousiasme, les délires, la passion, des valeurs à défendre et l’envie de ne pas se prendre au sérieux. Charly Hebdo, l’une des rares entreprises où des “seniors” de plus de 75 ans ont carrément oublié de prendre leur retraite quand une majorité de la population française se plaint de devoir travailler après 60 ans, rien que cela devrait nous faire réfléchir sur le “qu’avons nous fait de nos vies ?”.

J’en ai tiré la conclusion qu’il vaut mieux vivre passionnément mais peu de temps, que vivre longtemps en tremblant, je ne veux pas arriver au jour de ma mort avec une valise remplie de regrets.

Les 90% de ce que nous sommes et de ce que nous avons envie de devenir (ou de faire) ne doivent pas capituler devant les 10% de notre monstre intérieur qui tremble à la seule idée de ne pas prendre un chemin balisé et sécurisé.

En 2015, statistiquement nous avons très peu de chance de mourir dans un attentat, ce n’est pas de cette peur que nous rabâche les médias dont nous devrions nous méfier. mais plutôt de cette petite voix qui sévit dans nos têtes pour nous intimer d’être raisonnables ou qui nous poursuit de ses craintes !

Personne ne menace nos vies et encore moins nos envies, alors vivons pour faire honneur à cette vie, qui peut subitement s’arrêter sans donner de préavis, pendant que nous avons encore la chance de pouvoir la “ dilapider” comme bon nous semble.

C’est finalement sur cette liberté qu’ils nous ont fait ouvrir les yeux.

 Hommage par Charb

Dessin de Charb pour la mort de Cavanna qui en dit long sur leur état d’esprit …

 Les Pipelettes de Narbonne

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